4 septembre 2015 Thierry Pernin Le poids des choses
s’accoutumer au poids des choses
il va falloir s’accoutumer
avec ce que cela suppose
prendre des coups mais sublimer
et puis dis-leur que c’est de moi
que je n’ai pas recopié
qu’on ne m’a pas laissé le choix
j’ai un cerveau atrophié
plutôt le gauche et c’est tant mieux
je m’en suis bien accommodé
mais ce n’est pas contagieux
et il est fort achalandé
dis-leur aussi que c’est cadeau
la poésie ne se vend pas
que nous vivons sur un radeau
de qui serons-nous les appâts
là j’ai une petite idée
surtout n’allez pas vous méprendre
à chacun son chat échaudé
mais nous n’allons pas nous étendre
cinquante et un ans au compteur
ses mots au rayon produits frais
rien que des mots contre l’oubli
s’habituer aux choix des pauses
il va devoir s’habituer
et en connaissance de cause
ne pas se laisser périmer
et puis dis-leur que je m’ennuie
mais que l’histoire est ancienne
depuis l’aube jusqu’à la nuit
du plus loin que je m’en souvienne
que la poésie est un don
verbe donner ça va de soi
faisant fi du qu’en dira-t-on
à chacun son chemin de croix
aujourd’hui tout le monde écrit
et peut-être moi-même aussi
on est bien loin du manuscrit
du bel ouvrage réussi
rendre le banal poétique
c’est l’objectif qu’il s’est fixé
son histoire n’a rien d’épique
mais chut il pourrait se vexer