16 novembre 2014 Thierry Pernin "et des brouettes" 2
dès le milieu de sa vie
il fabriqua des brouettes
un genre de boulimie
ou peut-être une dette
une promesse de plein gré
il avait toujours su porter
son ordinaire vinaigré
à bout de bras sans chipoter
il tenait ça de la terre
de la terre de son père
rigoureux comme l’équerre
bien en chair comme sa mère
de tradition familiale
l’autre moitié n’est pas maigre
et par affection filiale
on évite les plats aigres
quand il revient de la mine
des cristaux dans sa bacchante
François-Emile rumine
la vie est par trop pesante
il entre dans son atelier
l’odeur du bois fruitier l’apaise
Saint Nicolas sonne les vêpres
René est mobilisé
à vingt ans et des brouettes
dans la rue il l’a croisé
hardi sur sa bicyclette
la mort a emporté l’aîné
dieu qu’elle épargne celui-là
à l’abri du succès damné
des discours et du blablabla
François va s’améliorer
il soigne ses tombereaux
dans l’effort sans augurer
toujours scier les barreaux
il va libérer les âmes
atténuer leurs fardeaux
n’a-t-il pas connu l’infâme
ça ressemble à du Feydeau
le junior rentre blessé
éclat d’obus dans la cuisse
son paternel s’est tassé
il aurait dû naître Suisse